Les Principes de logique classique
ou lois de la pensée (d'Aristote*)

 

Ces lois donnent les limites et la mesure du pensable.

Il est intéressant de noter que ces principes sont utilisés par ceux même qui n'admettent pas les reconnaître ou par des sociétés traditionnelles n’ayant jamais eu de contact avec le monde occidental.

Ces « lois » ont des aspects ontologiques, phénoménologiques, logiques, psychologiques et éthiques. La désobéissance à ces lois est appelée antinomie et représente la source de nombreuses erreurs d’argumentation ou violations de langage.

 

Principe de cohérence, loi de l'identité. « A est A ».

Les faits sont les faits. "Ce qui est, est " et "ce qui n'est pas, n'est pas", il y a cohérence de l’être, la réalité a une certaine immuabilité, « les choses sont ce qu’elles sont, l'arbre reste arbre ».

Au plan ontologique "Une chose est ce qu'elle est ». Ce qui est ne peut pas ne pas être, l’Etre est.

En logique: "Ce qui est vrai est vrai". Une proposition ne peut être à la fois vraie et fausse.

En éthique, il ramène à l’honnêteté, admettre ce qui est, à soi-même surtout et aux autres puisqu'on participe avec eux au savoir.

Au niveau psychologique, ce principe appelle un certain réalisme ; aux attitudes d'ouverture, d'attention, de clarté, de précision et de mémoire face au collectif.

 

Applications au dialogue.

Etre capable de répéter ce que l’on a dit, être capable de reprendre la question à laquelle on répond, tout ce qui est dit, chaque mot et seul ce qui est dit compte (et non ce que l’on aurait voulu dire).

Faux arguments par glissement de sens.

 

Principe du conflit, loi de non contradiction.« A ne peut pas être non-A.»

La contradiction est une relation existant entre deux termes ou deux propositions dont l’une affirme ce que l’autre nie.

 

On ne peut penser à la fois A et non-A, si l'une est vraie, l'autre est fausse.

 

Les phrases «Tous les hommes sont barbus» et «Quelques hommes ne sont pas barbus» sont contradictoires. Une phrase affirme ce que l’autre nie.

 

Cette loi pose le principe de la réalité du conflit qui ne peut être nié. Quand il y a une contradiction dans notre savoir, il y a erreur et nous devons réagir en cherchant une résolution de la contradiction. Les contradictions sont inacceptables, des fantaisies, des effets de phantasmes.

 

Deux propositions sont dites contraires si elles s’opposent par la qualité *, la contradiction peut être interne ou externe. La contradiction constitue la mesure même de l’impensable. L’opposition des contraires est inévitable. L’autre pose conflit par nature.

 

On ne peut affirmer vrai et faux la même chose. «La finalité n’est pas de dire si une chose n’est ou n’est pas mais de dire quelque chose qui présente une signification pour soi et pour autrui.» Aristote


Applications au dialogue.

Par exemple, « Il est vrai ce mensonge ? », cette question est paradoxale ou absurde car elle propose la simultanéité du vrai et du faux et n’autorise aucune réponse signifiante.

 

La pensée débute avec le positionnement. Refuser de se positionner, de juger, c’est refuser de penser en général par peur de donner prise à la contradiction, au conflit, à l’altérité.

 

Un argument sur une absence de positionnement ne permet pas un travail de pensée sur soi ou avec l’autre.

 

Principe de radicalité, loi du tiers exclu. « Ou bien A, ou non A. »

Le principe du tiers exclu soutient que, de deux propositions dont l'une est la négation de l'autre, si l'une est fausse, l'autre est nécessairement vraie. Un objet existe ou n'existe pas, sans autre possibilité.

 

Il y a être, ou non-être, pas de demi-être.

 

La version logique affirme que toute proposition est nécessairement vraie ou fausse, sans valeur intermédiaire possible.

La réduction indirecte ou raisonnement par l'absurde repose sur le principe du tiers exclu. En effet, il fonctionne sur le mécanisme suivant : je veux montrer A (conclusion). Pour cela, je suppose non A que je combine avec une des prémisses et je tombe sur une absurdité (négation d’une autre prémisse).

 

Si Pierre passe pendant mon absence, il laisse un mot dans la boite aux lettres.

Il n’y a pas de mot dans la boite aux lettres.

(Si Pierre était passé, alors… il y aurait un mot dans la boite.)

(Or… il n’y en a pas.)

Donc... Pierre n’est pas passé.

 

Le voie de l’harmonie.

La confrontation doit être reconnue, assumée et affrontée, il n’y a pas de fuite ou manipulation (fuite dans le flou) possible. La solution ne peut nier la contradiction, elle doit la dépasser. La reconnaissance et le dépassement de l’affrontement des contraires constituent l’essence du travail dialectique, la source de l’harmonie non illusoire.

 

D’autres systèmes de logique peuvent être utilisés, logiques non bivalentes, logique modale d’Aristote, logique floue... Ces logiques « affaiblies » utiles dans tel ou tel domaine n’ont pas remis en cause le primat de la logique classique.

 

Cependant une révolution mathématique a été effectuée en 1930, avec la démonstration du théorème d’incomplétude effectuée par le mathématicien Kurt Gödel qui démontre qu’au sein de toute théorie, il existe des indécidables « A est vrai si A est indémontrable. » ou « A est fausse, sans qu’aucune contradiction apparaisse.» Ainsi l’hypothèse du continu dans la théorie des nombres.

 

Ce théorème donne les limites même de la logique comme de tout autre système.

« Soit les mathématiques sont trop grandes pour l'esprit humain, soit l'esprit humain est plus qu'une machine.» Kurt Gödel

 

* Organon. Aristote.